Éperviers
Éperviers
« En grande section de maternelle, à chaque récré,
Ou presque,
La plupart des enfants de la classe se mettait à courir après une fille,
Toujours la même.
Une fois qu’ils l’attrapaient, ils la forçaient à embrasser un garçon sur la bouche,
Toujours le même. »



Photographies © Xavier Cantat
Création 2022
Quand Agathe invite d’ancien·nes camarades de l’école maternelle à se retrouver, elle ne les prévient pas que c’est pour revenir sur les baisers forcés subis à l’époque par son amie Inès. Vingt ans plus tard, quelle place occupe ce souvenir dans la construction des différents protagonistes ? Quelles traces en subsistent dans leurs corps et dans leurs mémoires ? Entre danse et théâtre, Éperviers a vocation à questionner la manière dont ont été façonnés nos imaginaires de petites filles et de petits garçons.
Alors qu’aucun·e n’a jamais parlé de ce souvenir de baisers forcés auparavant, Éperviers met en scène les tentatives de chacun·e des invité·es de se situer face à cette résurgence de maternelle. L’organisatrice de la soirée, mais aussi l’ancienne victime, une meneuse de la bande coupable, un suiveur, et le garçon le plus moche de la classe. Dans la parole et dans le mouvement dansé, tous et toutes cherchent à reconstruire avec nous leur narration des évènements passés. L’enjeu pour chacun·e est ainsi de trouver quel positionnement adopter vingt ans plus tard.
La pièce part de la situation de l’apéro de retrouvailles, pour mieux basculer dans l’espace mental des protagonistes quand iels apprennent pourquoi iels ont été réuni·es. Le vertige auquel les conduit la révélation les amène alors à explorer les possibilités d’éprouver, d’envisager et de qualifier le souvenir ou ce qu’il en reste. Par l’enchevêtrement des différents points de vue des personnages, c’est toute l’épaisseur et l’ambivalence de nos constructions intimes qui se dessine alors entre les lignes, quand celles-ci rejouent les systèmes de domination dont nous héritons, et la violence des imaginaires genrés de notre histoire collective.
L’enjeu pour nous est d’ouvrir dans Éperviers un lieu de partage avec le public des troubles et des réflexions qui animent les personnages, et dessinent ensemble, par leur confrontation, un questionnement commun. Nous avons donc cherché à entretenir, dans le jeu des interprètes, dans les va-et-vient entre parole et mouvement dansé, dans l'adresse, mais aussi dans la création lumières et la création musicale, un vacillement perpétuel, une incertitude fondamentale. Des réflexions lumineuses sur des panneaux de miroir hors scène accompagnent ainsi les circonvolutions des personnages qui plongent dans leur passé commun.
Durée 1h15
Tout public à partir de 12 ans
Équipe de création
Écriture, chorégraphie, mise en scène Eliakim Sénégas-Lajus
Avec Sébastien Dalloni, Suzanne Dubois, Sim Peretti, Juliette Malala Tardif & Thaïs Weishaupt
Dramaturgie Pauline Letourneur
Administration de production Ana Vergeau
Création lumières Rima Ben Brahim
Création plastique Clara Ruestchmann
Composition musicale Luan Lajus
Création costumes Elisabeth Cerqueira
Chorégraphie Joséphine Tilloy
Régie Julien Picard
Compagnonnage / regard extérieur Fanny Chériaux
Conseil artistique Camille Girard-Chanudet
Avec les collaborations de Nicolas Bonneau, Rosalie Laganne, Angèle Pied & Noémie Sage (accompagnement Volige), Astrid Chabrat-Kajdan (suivi écriture), Pauline Chabrol & Thomas Couppey (laboratoires de création), Claire Servant (conseil chorégraphique) Anne-Perrine Tranchant (philosophie avec les enfants)
Merci beaucoup à tous les élèves qui ont participé à nos temps de rencontre pendant la création, en particulier à l’école Maurice Nadaud de Cozes, au collège Gérard Philipe et au lycée Jean Macé de Niort, et au collège Camille Claudel de Civray, ainsi qu’à leurs encadrant·es.
Merci aussi à Charlotte Avias, Stéphanie Breuil, Laurie Charrat, Antoine Cherix, Pascale Daniel-Lacombe, Johanne Débat, Raphaël Guitton, Sybille Lajus, Léo Manac’h, Pierre Sénégas, Guillaume Toulet, et au collectif Bulle d’other, ainsi qu’à Laura Elias.
Mentions
Une production du Théâtre au Corps
Coproductions compagnie la Volige, Le Méta – CDN de Poitiers Nouvelle Aquitaine, Le TAP – scène nationale de Poitiers
Avec les soutiens du Moulin du Roc – scène nationale de Niort, de l’aide au projet et de l’aide au compagnonnage de la DRAC Nouvelle Aquitaine, de l’OARA, du département de la Vienne, de la ville de Poitiers, de la communauté de communes du Haut-Val de Sèvre et du Festival Traverse, du dispositif Création en Cours – Ateliers Médicis, du GlobThéâtre, du Centre de Beaulieu, du Grand Parquet et du Théâtre Paris-Villette, du réseau Actée, du Fond d’insertion de l’ESAD/PSPBB & de la SPEDIDAM.

de gauche à droite : Sébastien Dalloni, Suzanne Dubois, Sim Peretti, Thaïs Weishaupt, Juliette Tardif © Xavier Cantat
« Entre humiliation et cruauté malsaine, que disent ces jeux des enfants que nous étions et des adultes que nous sommes devenus ? Victime ou bourreau, quels en sont les impacts sur la construction de nos identités ? Questionnant la notion de consentement, d’obéissance aveugle pour faire partie du groupe, de harcèlement, de féminisme et de masculinisme, Eliakim Sénégas-Lajus ne cherche pas tant à répondre, à affirmer une vérité toute faite, mais bien à réveiller nos consciences, à nous interroger sur nos propres actes. En faisant remonter à la surface les fantômes du passé, il caresse le doux espoir de changer les mentalités, de faire évoluer la société. »
UNE ÉCRITURE INFUSÉE
C’est un souvenir réel, entendu pendant les répétitions de notre création précédente, Happy Mâle, qui est à la base de la conception d’Éperviers. La recherche alors initiée en 2018 au sein du Théâtre au Corps a mené à l’écriture du texte et des orientations chorégraphiques du spectacle par Eliakim Sénégas-Lajus, après des temps de rencontre en milieu scolaire.
En effet, entre 2019 et 2022, tout au long de l’écriture, puis des répétitions de la pièce, les artistes du Théâtre au Corps ont mené des projets mêlant collectage (de récits et de gestes faisant écho à nos recherches) et transmission. Si les matériaux issus de ces temps de rencontre ne figurent pas tel quel dans le spectacle, ils ont imprégné notre travail, nous permettant d'infuser, de cultiver, d’aiguiser et de déplacer notre regard sur les interrogations que nous cherchons à soulever, et par là d’affiner notre propos.
Représentations
2023
Espace Agapit, Saint-Maixent-l'école (79) : 1
2022
Centre de Beaulieu / TAP (86) : 3
Le MétaCDN (86) : 2
Le Moulin du Roc, Niort (79) : 3
AUX MARGES DE LA REPRÉSENTATION

Dans l’optique d’investir les espaces d’accueil du public des lieux dans lesquels nous jouons, le Théâtre au Corps a demandé à Clara Ruestchmann de concevoir une œuvre qui tourne avec le spectacle. À côté de tables destinées à accueillir un buffet, proposé au public à la fin de la représentation, le public pourra découvrir son travail, comme un espace de résonances.
« Tout d’abord, une nappe. Celle qui recouvre la table, celle qu’on ne veut pas tacher, qu’on veut garder blanche et propre. Ici, la nappe est recouverte d’un trait rouge qui relie et rapproche, qui sépare et déchire, qui cherche et serpente.
Sur la nappe, les photographies. Celles des membres de la compagnie, celles de notre enfance. Dans chaque cadre recouvert d’un motif topographique, l’image transparaît ; on discerne les pieds, les peaux et les gestes.
Sur l’image, un calque. Celui avec lequel on nous habille, avec lequel on nous apprend à devenir celle ou celui qu’on est, celui qui nous construit dans notre rapport aux autres.
Sur le calque, une vitre et des mots. Ceux qu’on apprend, ceux qu’on prononce, ceux qu’on ne dit pas, ceux qu’on aurait aimé dire. Un langage qui se superpose et nous transforme, au quotidien.
Tout autour, des miroirs. Avec eux on s’est imaginé, on s’est questionné, on s’est fabriqué. Dans ces miroirs on peut s’y voir, on peut voir les autres et on peut aussi ne pas voir.
À côté, des rubans. Il arrive de les porter, de les nouer, de les suspendre ou de les perdre. Ils sont identiques, ils nous accompagnent dans la pièce, ils sont ceux du personnage de Sarah, et ceux des autres aussi. »
Clara Ruestchmann
