Nourrir les autres

Projet de création prévu pour 2029
En cours d'écriture

Pour que tout le monde mange, il faut que beaucoup cuisinent. En articulant dialogue, récits, mouvement dansé et partage d’un moment convivial, Nourrir les autres a vocation à interroger la place de l’activité nourricière dans notre société. L'enjeu du spectacle sera de questionner comment se construit notre rapport au goût et à la cuisine, alors que sa répartition va de pair avec des rapports de genre et de classe sociale.

 À l’heure où l’industrie agroalimentaire cristallise des tensions majeures — liées à l’effondrement du vivant, aux logiques productivistes et aux inégalités d’accès — nos manières de produire, de préparer et de consommer la nourriture sont profondément transformées. Les évolutions globales entrainent simultanément une homogénéisation et une rationalisation des pratiques alimentaires, réduisant souvent l’acte de cuisiner à une fonction utilitaire ou marchande. Revenir aux gestes, aux récits et aux savoir-faire culinaires constitue alors une manière d’observer, à une échelle sensible, comment nos intimités sont traversées et transformées par ces mutations politiques et économiques. L’enjeu, avec Nourrir les autres, est ainsi de faire de la scène un lieu où se recompose, collectivement, notre manière de penser ce que signifie nourrir et être nourri — sur les plans matériels, symboliques, et politiques.

Qui cuisine ? Pour qui ? Dans quelles conditions, matérielles comme symboliques ? Comment les héritages familiaux et culturels se déposent-ils dans notre rapport à la cuisine ? Quels apprentissages – scolaires, professionnels, médiatiques, militants – viennent enrichir ou transformer ce bagage ? Comment ces héritages nous relient-ils ou nous éloignent-ils les un·es des autres ? 
À travers ces questions, il s’agit aussi d’ouvrir d’autres perspectives : à quoi ressemblerait une société qui accorde une place différente au fait de se nourrir, au-delà du rapport strictement consumériste ? Par quelles organisations du travail et de la vie commune, par quelles reconnaissances symboliques cela passerait-il ?

Distribution en cours

processus de création

La création de la pièce croisera plusieurs processus parallèles, destinés à se chevaucher plus qu’à se succéder :  

  • immersions
    Pour faire circuler les préoccupations à l’origine de la création, les faire résonner au contact d’autres personnes, et les alimenter, nous allons concevoir toute une série de dispositifs d'immersion, destinés à former un bain d'images, d'histoires et de réflexions dans lesquelles l'écriture du spectacle prendra racine.

    Il s'agira, d'une part, de temps de création partagée en milieu scolaire, associatif, universitaire, et dans le secteur médico-social, au sein de projets d'éducation artistique et culturelle.
    D'autre part, nous mettrons en place des formats de rencontre spécifiques, dédiés à la médiation autour de cette création : permanences artistiques, repas partagés, immersions auprès de professionnel·les de l'alimentation (du champ à l'assiette), selon nos territoires et nos contextes de résidence.

  • écriture au plateau
    Des résidences d’essais, dans une pluralité de configurations humaines, nous permettront de trouver différentes manières de jouer au plateau avec les questions qui nous portent et avec les matériaux d’enquête issus des immersions.
     
  • écriture
    En lien avec les immersions et les résidences d’essai, des résidences d’écriture permettront de donner forme aux textes et à la dramaturgie d’ensemble de la pièce.

  • création
    C’est cette pièce qui sera ensuite montée, en lien avec l’équipe d’interprètes et avec l’équipe technique du spectacle, pour également donner naissance au dispositif d’installation proposé après la représentation dans le hall du théâtre.

Le spectacle à venir

Sur scène, trois protagonistes, face au public, se questionnent mutuellement pour mieux se raconter, revivre des souvenirs, se confronter à leurs contradictions, ou se lancer dans des projections imaginaires. Chacun·e a son îlot de cuisine mobile, à partir duquel iel déploie son histoire dans une adresse directe.
À partir de leur échange, la pièce articule des séquences d’une grande diversité de tons, entre moments de narration, scènes issues de leurs souvenirs ou de leur imagination, et passages dansés. Une écriture chorégraphique donne en effet à voir la relation de chacun·e aux gestes de la cuisine et aux sensations de goûts qui l’ont construit·e. L’enjeu est de donner à percevoir ce qui, dans le rapport à l’alimentation, dépasse les mots et ce qui peut être dit, pour mieux se raconter par les corps.

Dans l’optique de mieux partager les dessous de la création, et de proposer un temps d’échanges informels autour des questions portées par cette création, nous mettrons en place à la fin de la représentation un temps convivial autour du goût, dans le hall du théâtre. Dans la lignée des propositions artistiques du Théâtre au Corps depuis Happy Mâle en 2018, une installation en libre accès permettra aux spectateur·trices qui le souhaitent de déambuler pour mieux avoir accès à des matériaux d’enquête, et à différents jeux et espaces de discussion autour du goût, ainsi, évidemment, qu’à quelques dégustations.

Installation à la fin de Vouloir gagner © Xavier Cantat

Recherche